Le Mommy Brain, les jeunes mamans dans le brouillard
- Marie Baccus
- 8 mars 2024
- 4 min de lecture

80 % des futures et jeunes mamans souffrent de difficultés cognitives
“Je n’arrive pas à aligner trois mots à la suite”
“Je suis revenue de la boulangerie sans le pain”
“Je ne parviens pas à me concentrer”
“J’étais à l’heure à mon rendez-vous mais au mauvais endroit”
Passionnée de neurosciences et jeune maman, je me devais d’aborder ce sujet encore trop méconnu au vu du pourcentage de personnes touchées.
De trop nombreuses jeunes mamans se plaignent de difficultés de mémoire et d’attention. Beaucoup se sentent “larguées” comme si leur enfant leur avait volé une bonne partie de leurs neurones.
Et si ces difficultés cognitives avaient une explication?
Si le corps d’une jeune mère subit un nombre incalculable de changements bien connus (et parfois bien visibles), son cerveau également en prend un coup. C’est ce qu’on appelle le “Mommy Brain”. De nombreuses études relèvent et expliquent, en partie du moins, les changements qui s’opèrent dans la tête des mamans.
Dans cet article, nous parlerons de la taille du cerveau des mères, de leur quantité de matière grise ou de neurones, de leurs hormones, des modifications de leur activité cérébrale mais, également, du rôle que jouent l’environnement et la société.
Qu’est-ce que le Mommy Brain?
Le “Mommy Brain” ou Mamnésie désigne l’ensemble des difficultés mnésiques et attentionnelles éprouvées par les futures et jeunes mamans. Quatre femmes sur cinq se plaignent de difficultés cognitives et d’avoir le cerveau “dans le brouillard”. (Parsons et Redman, 1991)
Depuis longtemps, les chercheurs s’intéressent aux cerveaux des mères et font des découvertes intéressantes. Ils constatent que le cerveau des jeunes mamans change afin de se préparer à accueillir et s’occuper du nouveau-né.
La taille du cerveau diminue
Hoekzema et coll. (2017) découvrent que le volume de matière grise diminue dans le cerveau des futures mamans pendant la grossesse. Jodi Pawluski, neuroscientifique, précise que cette diminution est de l’ordre de 4% environ. Cette modification peut s’observer jusqu’à deux ans après la naissance de l’enfant.
Il s’agit d’un processus de spécialisation du cerveau des mères dont le centre d’attention devient le futur bébé. Cette diminution de volume touche essentiellement les zones impliquées dans les interactions sociales et l’interprétation des émotions d’autrui. Elle s’observe également dans des zones qui gèrent la mémoire (comme l’hippocampe).
En fait, le cerveau des futures mères se réorganise et s’adapte pour assurer les soins du nouveau-né et, également, la fonction d’attachement maternel. En effet, le cerveau supprime un maximum de connexions cérébrales moins utilisées afin de permettre un renforcement des nouveaux apprentissages. Cette étude a d’ailleurs montré que plus les changements cérébraux étaient importants et plus le lien d’attachement était fort.
Notons que certains changements structurels seraient également observés chez les jeunes pères mais dans une moindre mesure.
Le Mommy Brain entraîne-t-il une perte de neurones?

Jodi Pawluski précise que les futures et jeunes mamans ne perdent pas de neurones mais que, par ailleurs, la production des nouvelles cellules cérébrales est un peu moins importante. De plus, comme indiqué plus haut, le cerveau supprime des synapses (connexions cérébrales) qui sont plus faibles, moins utilisées afin d’en renforcer d’autres.
Et les hormones?
Je ne vous apprends rien, pendant la grossesse, après l’accouchement et pendant l’allaitement, les mamans subissent des changements hormonaux impressionnants. Le taux d’oestrogènes, par exemple, augmente énormément (parfois à hauteur de 100 fois) pendant la grossesse et diminue d’un coup après l’accouchement. Mais les oestrogènes ne sont pas les seuls à voir leur taux fluctuer: progestérone, prolactine, ocytocine, adrénaline, endorphine, … Chacune à des degrés et moments différents mais elles entrent toutes dans la danse et impactent le cerveau des mères (notamment au niveau émotionnel).
Est-ce que ces changements peuvent expliquer les difficultés de mémoire et de concentration rapportées par les jeunes mamans?

Des études révèlent des changements dans le cerveau des jeunes mères. En effet, elles mettent en évidence une diminution de volume dans certaines zones cérébrales comme l’hippocampe (impliqué dans la mémoire). Cependant, les Docteurs Hoekzema et Paluwski n’observent pas d’impact de cette diminution sur les performances des futures et jeunes mamans dans des tâches de mémoire.
Les changements structurels et fonctionnels dans le cerveau des mères ne semblent donc pas avoir de lien avec les difficultés mnésiques rapportées par ces dernières. Selon le Docteur Paluwski, l’Histoire, la société et l’environnement jouent un rôle important.
En effet, elle évoque le fait qu’historiquement, la femme a toujours été considérée comme moins intelligente que l’homme ce qui la rendrait “hyperconsciente” des changements cognitifs auxquels elle a à faire. La femme aurait donc en quelque sorte toujours “peur” de confirmer la règle, même si ceci reste en grande partie inconscient.
Jodi Paluwski parle aussi d’environnement et de charge mentale. En effet, elle constate qu’en laboratoire, les futures et jeunes mères ont des performances mnésiques similaires à des femmes non mères ou des hommes. Or, quand elles rentrent chez elles, les difficultés attentionnelles et mnésiques sont bien présentes. Selon la chercheuse, cela s’expliquerait par la charge mentale liée à leur quotidien de jeunes mamans.
Le Docteur Hoekzema précise que tous les changements adaptatifs que subissent ces femmes ont pour but de mobiliser leur attention sur une seule cible: le bébé. Les ressources attentionnelles et cognitives sont donc moins disponibles pour le reste.
Notons pour finir que les premiers mois (voire années) de la vie de l’enfant entraînent énormément de fatigue chez les parents. Cette fatigue intense a un impact également sur le fonctionnement cognitif des mères.
CONCLUSION
Le Mommy Brain est donc un fait avéré et plutôt fréquent puisque 80% des jeunes mères en souffrent.
Les changements structurels et fonctionnels que subissent le cerveau des jeunes mamans sont observés dans de nombreuses études. En effet, la taille du cerveau diminue, le volume de matière grise est moins important dans certaines zones cérébrales (notamment l’hippocampe), les hormones fluctuent drastiquement, ...
Les recherches ne rapportent cependant pas de lien causal entre ces changements et les difficultés de mémoire rapportées par les mères. Cependant plusieurs hypothèses sont évoquées comme une allocation de la majorité des ressources attentionnelles à l’enfant, une “hyperconscience” des femmes face aux difficultés cognitives qu’elles rencontrent ou, encore, l’impact de la charge mentale quotidienne des mères.
Jodi Paluwski décrit le Mommy Brain comme un “super pouvoir” (plasticité et adaptation du cerveau).
Comme tout super pouvoir, il implique des changements parfois difficiles à vivre mais, surtout, une grande responsabilité (oui, je parle du bébé)!
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